Ada Luz
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Ven Oct 07, 2005 12:09 pm |
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Généralement la version que l’on entend le plus souvent serait celle d’une capoeira « brésilienne ». Selon « la légende » les esclaves qui vivaient dans des conditions extrêmement difficiles et privés de toute expression de leur culture d’origine, auraient peu à peu développé des mouvements de défense et d’attaque pour échapper aux corrections des contramestres . Selon mestre Barba Branca, lorsque le contramestre tapait avec le chicote l’esclave se baissait pour esquiver le coup est c’est ainsi qui serait née le mouvement de negative . Peu à peu ils auraient développé des mouvements et des ruses pour échapper aux coups. Pour pouvoir la pratiquer sans être vu ils se seraient cachés dans les « kapueras », clairières d’herbe fauchée, où la diversité des origines des esclaves donne lieu à la création d’une lutte dissimulée sous l’aspect d’une danse : « La Capoeira ». L’aspect dansé serait venu du fait que toute forme de révolte était sévèrement réprimandée et pour éviter d’être soupçonnés les esclaves auraient dissimulés donc la lutte sous un aspect dansé pour pouvoir ainsi progresser et transmettre cet art en toute « tranquillité ».
Une autre version assez répandue est celle d’une capoeira « africaine », c’est à dire puisant les origines en Afrique et s’étant peu a peu transformé au Brésil.
Il existerait une danse appelée N’Golo venant d’Angola qui aurait été apportée par les esclaves au Brésil. La capoeira serait née de cette danse et aurait prix un aspect plus combatif, se modifiant au fil du temps pour donner la capoeira « actuelle ».Mais cela voudrait dire que la capoeira serait en quelque sorte africaine et aurait tout simplement subit des modifications dues au contexte dans le quel elle évoluait et aux mutations apportées peu a peu par les générations qui ont suivis.
Cette question des origines est un élément très important dans la compréhension de la construction d’une mémoire de la capoeira, même si personne ne sait affirmer exactement de quelle façon la capoeira est « apparue » et que la version au sujet d’une origine à partir de la danse du n’golo a été introduite par Luis Camara Cascudo en 1967 . C’est à ce « mythe » d’origine qu’on fait référence et c’est celui-ci qui met en place un imaginaire et construit les repères du capoeriste. On nous apprend qu’en quelque sorte nous reproduisons chacun à notre tour ce même geste : cet esclave esquivant le coup du contremestre. Même si cette nomination « d’un esclave » anonyme en quelque sorte, parait péjorative, il n'est personne et tout le monde en même temps, il est moi et l’autre et je suis lui à travers le geste que je reproduis.
La première fois que l’on entend parler de « capoeira » pour ainsi dire, c’est dans les archives du « tribunal da Relação » , le 25 avril 1789 un métis esclave appelle Adão aurait été arrêté et accusé pour être « capoeira » . Pendant plus d’un siècle « capoeira » ou « jogar capoeira » sera un motif d’arrestation, et les documents policiers de l’époque le signalent sans définir le sens du terme.
Ce sera avec Moritz Rugendas que l’on aura la plus ancienne description écrite du jeu de la capoeira en 1827 dans son ouvrage « Voyage pittoresque au Brésil » :
« On dirait qu’après les travaux de la journée les plaisirs les plus bruyants produisent sur le nègre le même effet que le repos. Dans la soirée il est rare de voir plusieurs esclaves assemblés sans que leur groupes s’animent par des chants et des danses ; l’on peine à croire qu’ils aient pendant toute la journée exécutée les ouvrages les plus pénibles, et l’on ne peut se persuader que ce sont des esclaves qu’on a sous les yeux. La danse habituelle des Nègres est la Batuca. Dés qu’il en a quelques-uns d’assemblés, l’on entend des battements de main cadencés ; c’est le signal par lequel ils s’appellent et se provoquent en quelque sorte à la danse. La Batuca est conduite par un figurant ; elle consiste en certains mouvements du corps, qui peut-être sont trop expressifs ; ce sont surtout les hanches qui s’agitent : tandis que le danseur fait claquer sa langue, ses doigts, et s’accompagne d’un chant assez monotone, les autres forment cercle autour de lui et répètent le refrain. ………Il arrive souvent que les nègres se livrent à ces danses pendant des heures entières sans interruption ; aussi choisissent-ils de préférence les samedis et les veilles de fête.
Il faut aussi parler ici d’une sorte de danse militaire : deux troupes armées de perches se placent en face l’une de l’autre, et l’habilité consiste pour chacun à éviter les coups de pointe que son adversaire lui porte. Les nègres ont encore un autre jeu guerrier, beaucoup plus violent, le jogar capoeira : deux champions se précipitent l’un sur l’autre, et cherchent à frapper la poitrine de l’adversaire qu’ils veulent renverser. C’est par des sauts de coté, ou par des parades également habiles qu’on peut échapper à l’attaque ; mais c’est s’élançant l’un contre l’autre, à peu près comme les boucs, ils se heurtent quelquefois fort rudement la tête : aussi voit-on souvent la plaisanterie faire place à la colère, si bien que les coups et même les couteaux ensanglantent le jeu »
On retrouve aussi une description de Charles Ribeyrolles datant de 1859 :
« Jeux et danses des nègres. -Le samedi soir après le dernier travail de la semaine, et les jours de fête qui donnent chômage et repos, les noirs ont une heure ou deux de veillée pour les danses. Ils se réunissent en leur terreiro s’appellent, se groupent, s’agacent et les marches s’ouvrent. Ici c’est la capoeira, espèce de danse Pyrrhique, aux évolutions hardies de combat, que règle le tambour du Congo ; la c’est le batuque, poses froides ou lascives qu’accélèrent ou contient l’urucungo viole à cordes maigres ; plus loin c’est une danse folle où le regard, les seins et les hanches provoquent, c’est une espèce de convulsion enivrée qu’on appelle le Lundù. Joies grossières, voluptés sales, fièvre libertine tout cela est hideux et tout cela est triste ; mais les nègres aiment ces bacchanales et d’autres y trouvent leur compte. N’est-ce pas une manière d’abrutissement ? »
Ces descriptions contrastent beaucoup par rapport au « mythe » des origines de la capoeira mais ce sont le seules traces, mis à part les archives de la police ou l’on trouve des descriptions anciennes de la capoeira. Elles montrent aussi le regard d’une époque, on pourrait expliquer longuement les raisons de cette vision du « Nègre » et des ses pratiques, mais ce ne pas mon propos. Ce qui m’interpelle c’est que ce discours n’est pas si loin de celui que l’on peut parfois entendre actuellement sur la capoeira, bien sur, les mots et les appellations n’étant pas les mêmes, mais la stigmatisation de « l’amusement du nègre » et du capoeira comme voleur et malandro que je traite plus loin, reste encore très présent dans les esprits des gens. Cela à contribué sûrement a produire un discours extrême aussi, dans la valorisation d’une capoeira « pure » et « originelle », comme une réponse et une justification à ce regard porté depuis plus de trois cents ans
L’imaginaire qui c’est construit autour du « mythe » des origines de la capoeira est très important pour comprendre la construction d’une mémoire, non seulement celle de la capoeira mais aussi celle de la période de l’esclavage. Cela permet de voir de quelle façon on crée des liens avec son histoire mais surtout avec ses origines et sa « composante africaine ». Ceci se manifeste particulièrement dans le personnage de Zumbi et du Quilombo dos Palmares qui font partie intégrante de l’imaginaire mythique de la capoeira .
Les différentes hypothèses sur ces origines ne sont pas importantes en soi, l’objectif n’étant pas de savoir à tout prix si elle serait née de ceci ou de cela, mais plutôt ce qui est important est ce que l’on transmet par ses paroles. |
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