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 Capoeira et negritude Voir le sujet suivant
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Ada Luz
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MessagePosté le: Ven Sep 16, 2005 11:01 am Répondre en citantRevenir en haut

Bon, voila un sujet pour prise de tête pour lancer la discussion, d'ailleurs laure c'est surtout un clin d'oei pour que tu nous fasses partager ton mémoire. Alors que penses vouz du rôle de la capoeira angola dans les revendications de negritude au Brésil?l
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Ada Luz
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Inscrit le: 11 Sep 2005
Messages: 138
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MessagePosté le: Jeu Oct 06, 2005 11:27 am Répondre en citantRevenir en haut

Peut-on parler de reconstruction d’un passé idéal ou idéalisé pour la Capoeira Angola ? Si elle se veut comme contributrice de la sauvegarde des racines africaines et faisant partie des pratiques dîtes afro-brésiliennes, quel est ce concept d’afro descendant à Salvador de Bahia ? Peut-on parler de revendications politiques, de racisme et de discours manipulés ?
Est que ces pratiques « afro brésiliennes » prennent des références communes à un passé africain ?

Certes l’image que la capoeira se fait de son passé est en quelque sorte idéalisée. Comme on l’a vu auparavant plusieurs mythes construisent sa mémoire. On a pu remarquer que la Capoeira Angola est mobile et n’a pas de références spatiales fixes. Son histoire se réfère souvent a des évènements et des lieux qui ne lui sont pas directement liés. Comme on l’a vu avec l’exemple du Quilombo dos Palmares. La difficulté d’affirmer un foyer local originel avec lequel construire sa mémoire lui fait défaut. Mais ce problème peut s’élargir au contexte brésilien en général, et à la difficulté que le Brésil a à établir une mémoire notamment dans le contexte dans lequel ce pays est né, et à son incapacité à établir des liens avec le passé d’esclavage.
Ce passé d’esclavage dans lequel la capoeira serait née et dans lequel elle se voit restreinte à se re-approprier et à reconstruire sa mémoire a posteriori, de la même manière que d’autres manifestations comme le candomblé le font. Et le lien le plus fort établi dans cette mémoire est celui d’une Afrique lointaine et réinterprété, sauvegardée à travers l’histoire, voire intacte de toute modification. Ceci comme une façon d’affirmer son identité dans un Brésil qui se veut l’exemple du « métissage » et qui cache plusieurs facettes : celle d’une séparation des classes sociales visible a travers la couleur de peau, celle de « chacun à sa place », surtout quand celle ci rappelle la hiérarchie établie par l’esclavage.

Ce qui m’a le plus frappée c’est la valorisation de la Capoeira Angola comme capoeira « résistante » qui a contribué à la « liberté » des esclaves et surtout à la « conservation des racines africaines ». Si je suis cet esclave en reproduisant à mon tour ce geste, symboliquement je perpétue aussi cet acte de « résistance ». Je fais partie intégrante de cette mémoire et je contribue à mon tour à perpétuer celle-ci. Cette image est très forte et chargée de sens, la dimension de l’importance de la pratique et de la transmission de l’enseignement prend forme à travers elle. Mais derrière la valeur symbolique se cache un discours « politique » récupéré et revendiqué par une certaine partie de la population qui tend à uniformiser et catégoriser les pratiques dites du « noir ». Ceci dans un discours extrêmement radical qui ressemble énormément à celui tenu par les Blacks Panter’s dans les années soixante dix, et qui a tendance à s’emmêler et devenir confus face à une réalité qui tend vers l’opposé.
Rien n'est figé alors comment peut t-on parler d’une capoeira qui évolue dans le temps, qui se modifie car elle est « mouvement », face à un discours d’une capoeira intacte ?
Là est toute la difficulté de comprendre la complexité de la pratique et de son rôle dans la société brésilienne.

« En quelques années, une nouvelle rhétorique identitaire et simultanément politique s’est constituée pour accompagner et légitimer les changements en cours. Dans ce cadre, un déplacement sémantique s’opère depuis les inégalités sociales et les identités « raciales » vers les différences culturelles, et vice-versa. Ces diverses dimensions de l’altérité sont constamment mises en relation sur les modes de l’analogie, de l’euphémisation ou de la fiction ; créant au bout du compte le sentiment qu’il existe une « vérité » collective unique et apparemment indiscutable…. »

On ne peut nier que la Capoeira Angola joue un rôle important dans les revendications dites « afro-brésiliennes ». Dans son discours elle se revendique de cette « vérité » collective, celle de l’authenticité tant recherchée dans la mémoire. Cette mémoire qui serait là pour confirmer en quelque sorte d’une façon linéaire qu’elle se serait tout simplement et uniquement construite à partir de « l’Afrique » et aurait sauvegardé intacte cette composante. De cette façon on catégoriserait les pratiques : si je joue de la Capoeira Angola c’est parce que je suis noir.

« Prise au pied de la lettre la reconstruction actuelle de généalogies culturelles « africaines », qui a ces enjeux politiques comme contexte, nécessiterait une machine a remonter le temps capable de revenir sur des siècles d’histoire brésilienne ! Mais derrière cet artifice rhétorique du retour à des réalités supposées originelles ; se relève une pensée actuelle et racialisée, qui défend une sorte de vision biologique de la transmission culturelle. La culture ne fonctionne cependant pas selon un modèle « naturel ». C’est ce que montre par exemple le dynamique des religions populaires. On admet communément que la religion des noirs brésiliens est le candomblé et plus généralement le culte « afro-brésilien », quand ce n’est pas « la religion africaine au Brésil » comme l’écrivait Bastide et comme le redisent aujourd’hui certains leaders du candomblé : cette affirmation relève d’une conception identitaire de la culture, considérée comme objet exclusif et figé. »

Le terme « afro-brésilien » reste un terme vague et réducteur, on appuie par celui-ci une séparation déjà trop présente et on légitime aussi quelque part tous les discours extrêmes qu’une telle division peut engendrer. Mais que signifie être « afro-brésilien » ?

« Même si tout les mots ne sont pas entièrement nouveaux, leur configuration d’ensemble est, elle, nouvelle : un discours afro-brésilien comme fondement de vérité d’une « communauté » à l’usage de tous les individus noirs et métis du Brésil d’aujourd’hui. La transparence ainsi supposée entre les sphères de l’individu, de la communauté et de la culture, engendre une seule interpellation, normée et normative, du sujet défini par cette identité collective. Ainsi un langage codé opère une progression du sens des classifications depuis la désignation externe du noir racisé et discriminé (preto) vers le noir proche, intime ou érotisé (neguinho/a ; pretinho/a, amis aussi nigrinha, femme de mauvaise vie, prostituée), jusqu'à l’auto- identification du noir politiquement « assumé » : le negro du mouvement noir, de la culture noire ou de la communauté noire. A partir de ce dernier terme, des versions plus récentes ont très vite surgi, celle de l’africain brésilien d’abord, façon USA, puis celle de l’afro descendant ; terme aujourd’hui le plus en vogue selon une adhésion croissante à l’idée d’une diaspora transnationale. Ces termes d’assomption se trouvent au bout de quêtes identitaires dont le point de départ commun est un vécu social racialisé, douloureux ou problématique, que ce soit dans les mémoires familiales ou dans les trajectoires individuelles, et dont le point d’arrivée est l’affirmation d’une différence culturelle dont le contenu est largement bricolé, métis ou « hybride ».

C’et ainsi que des « afro-descendants » s’organisent dans les candomblés et les académies de Capoeira Angola revendiquant leurs origines africaines, alors que dans la réalité le lien avec ces pratique va bien au-delà d’un discours. Dans le quotidien et devant le Berimbau ou les Orixás peut importe ma couleur et mes origines, ce qui me lie n’est pas de l’ordre du discours racial : la preuve, des gens de toutes origines adhèrent à la religion du candomblé et pratiquent la Capoeira Angola. Malgré cette catégorisation ce qui se passe dans une roda de Capoeira Angola ou dans un terreiro de candomblé va à l’encontre de toute classification normative, car le dialogue du corps et ce qu’il exprime est en constant mouvement. Le jeu de Capoeira Angola ou la danse des filles de saint dans la symbolique du cercle, la Roda ne s’arrête jamais. La « véritable » Afrique s’exprime ici a travers le corps, le geste et la mémoire de celui-ci et non au travers d’un discours crée de toutes pièces pour légitimer un « noir » parfaitement conforme dans une société qui ne l’est pas
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